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 30 ANS DU PUNK

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FredHook
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MessageSujet: 30 ANS DU PUNK   Ven 12 Oct - 9:23

L’uniformité et la torpeur
30 ANS DU PUNK

Que reste-t-il de "l’obscénité et la fureur" de 1977 ? Le punk, c’est une caution éternelle, une preuve d’intégrité, c’est dans ta tête et dans ton coeur. Et tout le monde en revendique plus ou moins l’héritage. Sauf que personne n’y a rien compris…

1975. Le rock est dominé par le hard pharaonique de Led Zeppelin, l’ambition tape-à-l’oeil de Pink Floyd de faire de la Grande Musique et les derniers vestiges des sixties, incarnés par des Stones déjà vieillissants. A New York, le CBGB abrite joyeux bourrins (Ramones), futures icônes (Patti Smith, Blondie) et artistes d’avant-garde (Suicide, Talking Heads). Leurs influences ? Velvet Underground, MC5 et New York Dolls, Brian Eno pour les plus aventureux. Bref, tous ceux que l’ère baba cool a laissés de côté. Leur objectif : abolir les privilèges de la noblesse rock, sortir les concerts des stades et rendre à la pop un peu de sa fraîcheur. Mais ce n’est qu’en débarquant en Angleterre que le punk devient le punk. Les Sex Pistols lui donnent un son, un look et un parfum de scandale. Des millions de groupes se forment après les avoir vus sur scène (“Do it yourself !”) et en quelques mois, ces amateurs concurrencent la jet-set pop. Pire... Non contents de jouer une musique de sauvages, ces vauriens adoptent une attitude provocatrice, flirtant avec l’imagerie homo ou faisant montre d’une coupable irrévérence envers la monarchie anglaise. Phil Collins, en bon père de famille, déclare que "le punk est une insulte aux bonnes moeurs." Victoire, le rock fait à nouveau peur aux vieux ! Les choses se tassent en 1979. L’Amérique réinvente sa propre version du punk, le hardcore, et l’Angleterre sombre dans la Oï : le genre s’adresse désormais à un public d’initiés, la crête apparaît.

Le punk aujourd’hui : une caricature…

Le fait qu’Exploited symbolise le punk montre à quel point celui-ci est perverti. En vérité, il n’y a rien de moins punk que ceux qui, pour se conformer aux clichés du genre, se sentent obligés de porter Doc Martens et crête d’un mètre de haut. Même le mollard est devenu un rituel ! Musicalement, on réduit le punk aux fameux trois accords. S’il est vrai que les Ramones, Adverts ou Buzzcocks ont tiré parti de leurs lacunes, Television et les Stranglers étaient quant à eux des virtuoses. La scène punk intégrait également l’influence du dub (c’est évident chez les Clash ou les Slits) ou de la musique électronique (Kraftwerk est l’un des modèles de Suicide et Magazine). Autre exemple de ce punk mal digéré, le "No Future" beuglé par Johnny Rotten dans ‘God Save The Queen’ à l’adresse de la reine. Mal interprété, il traduit aujourd’hui le nihilisme désespéré qu’on prête au mouvement. Sauf que celui-ci reposait en grande partie sur le "fun" ! Les Ramones ou Damned n’ont cessé de s’amuser. Et si Clash et Jam dressaient le constat d’une Angleterre moribonde, leur propos est toujours resté positif : "Tu peux changer le monde, même si t’es fauché et que tu joues comme un sourd !" Le punk n’est pas une affaire sérieuse. Comment ces ennemis d’un rock élitiste auraient-ils pu se prendre au sérieux ?

En 1976, Rat Scabies, batteur de Damned, déclare : "Je veux me faire un max de blé ! Je veux une grande baraque, une grosse bagnole et une grosse télé couleur. Les autres aussi, s’ils sont honnêtes…" La plupart ne le sont pas : Crass, groupe anarcho-punk des années 1980, n’a jamais pardonné aux Clash d’avoir signé chez CBS, une grande maison de disques. C’est vrai que ‘London Calling’ vendu à trente exemplaires dans une pochette à colorier soi-même, quelle grande victoire pour la musique… En France, nombre de keupons ont lâché les Wampas le jour où ceux-ci ont eu le malheur de vendre 60.000 exemplaires de ‘Manu Chao’. Cette posture "sans concession" se retrouve dans un discours politique et quelques slogans manichéens : "Fuck The System !", "Anarchy !" - ironie de l’histoire, les paroles anarchistes des Pistols n’étaient que pure provoc’, Rotten ayant lui-même décrit l’anarchie comme "un attrape-nigaud pour la classe moyenne". Conclusion de Don Letts, auteur de plusieurs documentaires sur le punk : "On a réduit cette scène à ses aspects superficiels : les épingles à nourrice, la crête et le nihilisme, alors qu’elle parlait de liberté, de responsabilisation et d’individualité.” Comment un mouvement dont l’objectif était de secouer un rock sclérosé a-t-il pu à son tour se caricaturer à ce point ?

Mode punk et punks communautaires

Etiqueter "Punk" une scène aussi fertile est déjà très réducteur. Que dire du procédé mercantile des maisons de disques qui consistait, en 1977, à coller sur toute nouvelle sortie un sticker "Punk" en forme d’épingle à nourrice ? Même Cheap Trick, groupe rock FM, a eu cet honneur ! Le but ? Surfer sur cette nouvelle vague et reprendre le contrôle d’un mouvement qui, à l’origine, échappe à l’industrie du disque : ‘Spiral Scratch’ des Buzzcocks marque l’essor de la production indépendante, certains labels indés deviennent énormes (Stiff, Rough Trade) et les Sex Pistols se font virer de deux maisons de disques avant de signer chez Virgin, petit label à l’époque. Prise de vitesse, l’industrie du disque réagit en déposant la marque "Punk", en en figeant l’image et le contenu dans un emballage. En 2007, le punk fait vendre du gel, des t-shirts "Anarchy !" et des albums de Good Charlotte.

Mais les premiers responsables du conformisme punk, ce sont les punks eux-mêmes. Demandez à Sid Vicious comment est né le pogo : "Je sautais sur place pour apercevoir Rotten et les moutons ont suivi…" Autre exemple : soucieux d’écouler le stock de vêtements exposé dans sa boutique de King’s Road, le manager des Pistols Malcolm McLaren a affublé ses poulains d’un costume fait maison (t-shirt déchiré, accessoires SM…). L’inclinaison naturelle des fans à imiter leurs idoles et à vouloir intégrer un clan en a fait des clones. Et lorsqu’il quitte les Pistols pour fonder PiL, Johnny Rotten écrit ces paroles : "Vous n’avez rien écouté de ce que je disais, vous n’avez vu que mes vêtements !" Ces suiveurs auraient pu se vautrer dans le changement. Ils en ont eu peur et se sont recroquevillés sur le dogme punk au point de s’imposer les contraintes les plus strictes. Le rejet du rock démonstratif s’est mué en une apologie de la médiocrité : toute tentative d’intégrer un quatrième accord à la gamme du guitariste punk serait considérée comme une trahison. Ne subsistent donc chez GBH ou Casualties que des hymnes d’inspiration Oï, équivalent musical des chants de hooligans pleins comme une outre. Maudits soient ces puristes qui ont cloisonné un mouvement avide de liberté, de modernité et de pleins d'autres mots en "-té" !

Peut-on être punk en 2007 ?

Victime de son prestige et de l’intégrité fantasmée qu’il véhicule, le punk est comme le phare d’Alexandrie dans l’océan de la culture : un repère, une caution, presque un argument de vente, finalement. Du coup, il n’est pas un groupe actuel qui n’en revendique l’énergie ou la spontanéité. Et les critiques de rock attribuent comme une récompense la mention "punk" aux artistes qui les auront convaincus. Mais n’est-ce pas incohérent de prendre pour modèle un mouvement qui, justement, voulait faire table rase du passé ? Pourquoi vouloir instituer une école punk, alors que l’ambition des Pistols et de leurs copains consistait justement à bousculer les codes académiques du rock ? Comme le dadaïsme, le punk était une étincelle, un réveil brutal et désordonné, une provocation désintéressée et sans lendemain. Le maintenir en vie, c’est le refroidir et le rendre à son tour institutionnel. Autrement dit, lui donner tous les défauts qu’il dénonçait. Punk is dead ? Oui, et tant mieux !

Les punks n’ont inventé ni la provocation (Elvis en avait déjà perfectionné le principe), ni l’amateurisme : les groupes garage des années 1960 tels que Count Five ou Standells avaient développé jusqu’au bout les vertus de la musique sale et approximative. L’engagement politique en musique n’a pas non plus démarré en 1977. D’autant que, comme le montre le film ‘Rude Boy’, la plupart des punks se moquaient éperdument d’être inscrits ou non sur les listes électorales. Mais alors, qu’est-ce qui différencie le punk des autres révoltes rock’n’roll ? Simple : il s’intègre dans un contexte musical et social particulier (ou plutôt, il le désintègre…). Pourquoi les punks avaient-ils le cheveu court et la joue glabre ? Pour ne pas être confondus avec les hippies recouverts de poils. Pourquoi portaient-ils des pantalons courts ? Pour dire "Non" aux pattes d’eph’ ! Quant au fait que des centaines d’adolescents aient formé un groupe en 1977, il faut se souvenir qu’en ces années de crise et de chômage post-choc pétrolier, il n’y avait pas meilleur moyen de tuer l’ennui… L’explosion punk est le fruit de son époque, elle ne pouvait survenir qu’à ce moment précis de l’histoire du rock. Etre punk en 2007, c’est aussi anachronique que d’être royaliste.

Les années 2000 auront-elles "leur" mouvement punk ?

Le punk made in 1977 ne signifie plus grand-chose aujourd’hui. Mais cela ne veut pas dire qu’une provocation semblable, avec ses propres cibles et son propre nom, ne peut pas avoir lieu si le contexte s’y prête. 2007. La musique, en France, reste dominée par Johnny Hallyday et Michel Polnareff, vestiges des années 1960. Quelques artistes apportent pourtant une bouffée de fraîcheur salutaire pour qui veut échapper à l’emprise de ces Intouchables. Didier Wampas n’hésite jamais à mettre les pieds dans le plat mais sans sombrer pour autant dans un premier degré sectaire : il s’est par exemple bien gardé de donner la moindre dimension prophétique à sa chanson ‘Chirac en prison’. C’était ça ou ne prêcher que des convertis… Didier Super, piètre musicien pour qui la provocation se suffit à elle-même, est un autre de ces grains de sable qui enrayent l’oppressante machine du confort radiophonique. Katerine a également démonté le côté factice des shows traditionnels en étant le seul à oser se tourner en ridicule sur scène. Mais ces trublions restent encore trop rares… Eh bien, qu’attendez-vous ? Fondez un groupe !

(Source: Julien Demets pour Evene.fr - Septembre 2007)
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